MISE À JOUR DE L'ARTICLE SUR LA QUESTION DE SAVOIR SI L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE EST VRAIMENT UNE AIDE À LA TRADUCTION

Octobre 2023

Thème : technique et rédaction

OCTOBRE 2023 : L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE DEVIENDRA-T-ELLE VRAIMENT UN OUTIL POUR TRADUIRE ? 

L’intelligence artificielle (IA ou AI pour Artificial Intelligence en anglais) désigne un processus qui vise à imiter l’intelligence humaine à l’aide de systèmes ou de machines appliquant des algorithmes qui s’exécutent dans des systèmes informatiques dynamiques. Elle repose sur trois éléments indispensables dont le but est de permettre à des ordinateurs de penser et d’agir comme le feraient des êtres humains :
- Un ou plusieurs systèmes informatiques
- Des données avec un système pour les gérer
- Du code contenant les algorithmes d’intelligence artificielle avancés

Un concept et de multiples facettes

L’intelligence artificielle a besoin de très nombreuses données et d’une énorme capacité pour les traiter dans le but de se rapprocher du comportement d’un être humain.
Les comportements humains concernés sont généralement la créativité, le raisonnement et la planification. L’intelligence artificielle est également très efficace pour les processus de prise de décision complexe grâce à son immense capacité d’interprétation de données très nombreuses qui lui permet de surpasser largement la capacité humaine dans ce domaine. Le but principal est d’améliorer la productivité. En effet, l’IA gère de grandes quantités de données et effectue des tâches répétitives, permettant ainsi à la main-d’œuvre humaine de se concentrer sur les tâches principales. Le gain de productivité se fait donc grâce aux économies de temps et d’argent.
(Source : https://www.europarl.europa.eu/news/fr/headlines/society/20200918STO87404/intelligence-artificielle-opportunites-et-risques)

De nombreuses caractéristiques

Les fonctionnalités de l’IA peuvent appartenir à la catégorie faible ou étroite, on parle dans ce cas d’ANI.
C’est un type d'IA qui exécute des tâches assignées en utilisant l'intelligence. C’est la forme la plus courante disponible dans les différentes industries de nos jours. L'intelligence artificielle étroite ne peut pas fonctionner au-delà de ce qui est attribué au système. Il est ainsi formé pour réaliser une seule tâche spécifique.
L’intelligence artificielle étroite concerne toutes les machines d'intelligence artificielle créées et mises en place actuellement. Tous les systèmes avec AI qui peuvent effectuer une tâche dédiée en toute autonomie en utilisant des capacités semblables à celles d'un être humain font partie dans cette catégorie. Les responsabilités de ce type de machines sont donc très limitées.
Il s’agit par exemple de l’intelligence artificielle des voitures autonomes ou des systèmes de reconnaissance d'images et de parole.
Il en va de même pour les systèmes complexes avec AI qui nécessitent un apprentissage en profondeur et un apprentissage automatique.
Par ailleurs, il existe aussi l'intelligence artificielle générale (AGI) qui est un type d'IA capable d'exécuter toute tâche intellectuelle en tant qu'être humain. Les machines avec ce type d’intelligence artificielle sont conçues pour percevoir, apprendre et fonctionner entièrement comme des êtres humains. Leur but est aussi de créer de nombreuses compétences qui peuvent faire gagner énormément de temps lors de leur formation.
Il s’agirait de systèmes capables de reproduire des capacités humaines multifonctionnelles que les chercheurs du monde entier tentent encore de concevoir et de développer. Pour le moment, ce type d’IA est toujours au stade de la recherche.
Enfin, la super intelligence artificielle (ASI) est un degré encore plus poussé car ce type d’IA est destiné à reproduire l'intelligence humaine multifonctionnelle, mais également à disposer de capacités de mémoire, de traitement de données et d'analyse plus rapides.
Il s'agit encore d'un concept d'intelligence artificielle purement hypothétique, toujours en phase de recherche.
Si elle aboutit, les machines avec super intelligence artificielle seraient capables de surpasser l’intelligence humaine.
Quels seront les risques pour l'emploi ? Personne ne le sait vraiment à ce jour, mais la menace est grande pour de nombreuses professions qui devront évoluer pour ne pas disparaître.
(Source : https://datascientest.com/intelligence-artificielle-definition)

Des fonctionnalités aux applications variées

L’intelligence artificielle dispose de différentes fonctionnalités. On distingue ainsi les machines dites réactives qui perçoivent directement le monde réel et réagissent en fonction de l'environnement. Elles sont capables d’utiliser les réseaux de neurones pour évaluer certaines stratégies, comme celles des jeux par exemple.
Viennent ensuite les machines à mémoire limitée qui peuvent conserver de la mémoire pendant une courte période. Elles ont les mêmes capacités que les machines purement réactives. Elles sont également capables d’apprendre à partir d’expériences passées pour prendre des décisions, comme le font les voitures lorsqu’elles stockent des données comme la distance parcourue, la vitesse récente, la limitation de vitesse, le marquage des voies, les feux de circulation, etc.
Les observations des expériences précédentes sont programmées au préalable sur le système de la voiture autonome. Mais, ces données sont stockées de manière transitoire. Cela vient du fait que la voiture autonome n’est pas programmée pour que ces données fassent partie de sa bibliothèque d’expériences, en comparaison avec l’expérience des conducteurs.
Presque tous les systèmes avec AI de nos jours utilisent une technologie de mémoire limitée. Ainsi, les machines qui utilisent l'apprentissage en profondeur (ou deep learning en anglais) représentent une application essentielle de la mémoire limitée. Ces machines sont formées avec d’énormes volumes d’ensembles de données qui sont stockés dans leur mémoire en tant que modèle de référence. C’est le cas notamment des systèmes avec AI qui reconnaissent les images. La reconnaissance d'image avec AI est constituée avec de grandes quantités d'images et leurs étiquettes qui représentent des ensembles de données.
Ensuite, une autre fonctionnalité repose sur la théorie des machines mentales qui peut être définie comme une simulation. À titre d’illustration, prenons le cas d’une personne qui se considère à la place d’une autre, son cerveau a alors tendance à simuler l’esprit de cette autre personne. La théorie de l'esprit est essentielle à la cognition humaine. De plus, elle est également indispensable pour les interactions sociales. Sinon, en cas de rupture du concept de théorie de l'esprit, on pourrait l’assimiler à une forme d'autisme.
À la place d'un moteur préprogrammé, les scientifiques spécialisés dans l’intelligence artificielle prévoient de développer une série de réseaux de neurones qui serviraient à développer la théorie dite de l’esprit.
Les machines utilisant la théorie de l’esprit cherchent à déterminer les intentions ou les objectifs de quelqu'un d’autre.
Enfin, une des dernières fonctionnalités amène à aborder les machines à prise de conscience de soi qui n’existent que de manière hypothétique de nos jours.
Ces machines seraient ainsi censées être conscientes d’elles-mêmes, comme du cerveau humain. Elles seraient donc l'objectif ultime des scientifiques spécialisés dans l’IA.
Le but de développer de telles machines de prise de conscience de soi est de les rendre capables de générer des émotions et des besoins identiques à ceux des êtres humains.
La recherche a encore de belles années devant elle et le cerveau humain, ainsi que tous les mystères qui s'y cachent toujours, est loin de pouvoir être imité, même par une machine plus puissante que lui.

Intelligence artificielle et industrie de la traduction

Dans le domaine de la traduction, on peut légitimement se demander si l’intelligence artificielle sera un jour un outil utile pour les professionnels. Pour prouver son utilité, l’IA devrait notamment permettre des gains de productivité.
En effet, même si sa capacité à conserver des mémoires de traduction et glossaires dans tous les domaines grâce à l’absorption d’énormes bases de données n’est forcément plus à démontrer, le problème de la prise en compte du contexte, du ton, du style et même du sentiment général exprimé dans un document, et quoi qu’en dise les spécialistes de l’IA, reste à ce jour entier. L’IA est encore incapable de sélectionner le vocabulaire qui soit le plus approprié selon le contexte et le domaine de spécialité, et elle se situe donc toujours très loin des capacités de l’être humain, et ainsi du traducteur professionnel. Parfois, elle semble y parvenir, mais dans un même texte les mélanges (et erreurs) de contextes sont encore une énorme faiblesse.
Dans ce sens, malgré les algorithmes et les bases de données thématiques, les résultats sont toujours trop décevants pour aider réellement le traducteur professionnel dont le rôle de correction imaginé prend encore beaucoup trop de temps pour être rentable et permettre de réelles améliorations de la productivité. L’intelligence artificielle ne permet pas à ce jour de différencier les nuances linguistiques ou les régionalismes, ni de varier le style. Elle est en outre toujours dans l'incapacité d’adapter la ponctuation en fonction des pays et des langues et de modifier efficacement la façon de présenter les chiffres selon les règles d’un pays ou d’une langue, qui sont pourtant des tâches laborieuses que le traducteur professionnel doit accomplir, mais qui ne présentent pas un grand intérêt. L’aide de l’IA qui pourrait permettre au traducteur professionnel de se concentrer sur d’autres tâches plus intéressantes se fait toujours attendre. Son but pour le moment étant juste de réduire les coûts des traductions, sans se soucier réellement des gains de productivité ce qui est un non-sens qui est peu ou pas constaté dans d’autres industries.
Malgré les progrès, la même équation reste toujours à résoudre : comment peut-on produire des contenus provenant de traductions machines (ou de textes transcodés) aussi bons que les traductions réalisées par un traducteur professionnel à l’aide d’algorithmes ?

Les avancés de la recherche

En termes de recherche, la traduction automatique statistique, et ses limites, a laissé la place à la traduction automatique neuronale depuis une dizaine d’années en se basant sur des méthodes d’apprentissage machine et sur l’utilisation de réseaux neuronaux. Le modèle de traduction est certes plus raffiné que la traduction automatique statistique, mais il s’appuie surtout sur l’architecture même du système de traduction.
Les nuances et les subtilités de l’expression humaine sont toujours trop difficiles à reproduire pour l’intelligence artificielle malgré les progrès. Le traducteur professionnel n’y trouve donc toujours pas de véritable outil de traduction, dans le sens d’un gain de productivité car son travail de correction (appelé post-édition ou MTPE pour Machine translation post-editing en anglais) reste trop fastidieux et de moins en moins bien payé, donc sans réel intérêt.
L’idée de vouloir utiliser le traducteur professionnel uniquement pour faire de la post-édition de textes traduits par l’intelligence artificielle est totalement illusoire car aucun traducteur professionnel expérimenté n’y verra un intérêt à long terme et même ceux qui s’y prêtent ne le feront que sur une période limitée en raison du manque d’intérêt et du potentiel financer trop réduit. Ce qui représente une autre limite à l’intelligence artificielle dans le domaine de la traduction qui ne pourra pas s’appuyer durablement sur des traducteurs de qualité avec de l’expérience.
Elle risque à terme de se limiter au grand public sans pouvoir évoluer vers la qualité exigée par l’industrie de la traduction. En tout cas, c’est l’avenir que j’imagine car la traduction réalisée par l'IA reste à jour un rêve qui à mes yeux a peu de chance de devenir un jour une réalité. Le traducteur professionnel offrira toujours une traduction sur-mesure et plus adaptée à chaque client. La personnalisation est donc un facteur clé dans ce domaine également. Le choix se fera donc de la même manière que dans l'industrie textile, à savoir le prêt-à-porter ou le sur-mesure, mais la différence de prix entre les deux sera également notable.

Transformation du métier de traducteur par l'IA

Peut-être qu’un jour l’intelligence artificielle réussira à transformer véritablement le métier du traducteur, mais certainement pas en cherchant à l’appauvrir. Elle permettra probablement de généraliser un niveau de traduction plus bas de gamme qui suffira pour l’utilisation d’un texte donné et permettra d’obtenir ce texte traduit gratuitement ou presque. Mais cette utilisation sera limitée à certains documents uniquement qui n’avaient pas forcément un grand intérêt pour un traducteur professionnel, notamment les particuliers ou certains services à la personne. Pour moi, l’intelligence artificielle va segmenter encore plus le marché de la traduction professionnelle. Chacun sera libre d’y trouver sa place pour vivre convenablement dans le pays dans lequel il réside ou finira par s'éclipser définitivement face à la machine. Le traducteur professionnel évoluera vers un métier plus créatif grâce à la transcréation notamment et se concentrera vers des contenus nécessitant des traductions de qualité uniquement, bien plus intéressants et lucratifs. L'enjeu sera de personnaliser au maximum la traduction et les contenus afin de les adapter au mieux à l'entreprise et à ses clients.
En conclusion, cette segmentation du marché nécessitera d’autres compétences en plus des connaissances purement linguistiques. Cette tendance est déjà présente, mais je pense qu’elle va encore s’intensifier et que certains traducteurs professionnels tendront à disparaître. En tout cas, pour ceux qui ont des compétences techniques, marketing et linguistiques, l’intelligence artificielle ne les remplacera jamais, mais j’espère qu’elle parviendra tout de même à retirer certaines tâches rébarbatives, c’est tout ce que j’en attends et ce serait déjà un énorme progrès.
Pour l’instant je n’utilise pas cet outil car il ne m’apporte rien, ni la suppression de certaines tâches redondantes, ni les gains de productivité.
Par contre, je continue à suivre l’évolution de l’IA dans tous les domaines.

Continuer à approfondir ses connaissances et à se cultiver dans l'attente des prochaines évolutions de la recherche

Dans mon métier, je continue à me documenter dans mes domaines de spécialisation et à évoluer grâce à une clientèle fidèle. J’image d’autres spécialisations et j’ai la chance de m’intéresser à de nombreux sujets. La curiosité et la volonté d’évoluer sont propres à l’être humain alors autant en profiter. La machine comme dans tous les domaines doit être capable d’aider utilement sans chercher à faire disparaître le travail humain. L'intelligence artificielle doit être vue comme une aide parmi d'autres et non une ennemie, et l’être humain quant à lui doit sans cesse évoluer pour avancer et se servir des outils à disposition ou en inventer d’autres pour combler ses lacunes. L’intelligence humaine restera toujours plus subtile que l’intelligence artificielle.
Enfin, l’intelligence artificielle peine à appliquer les directives propres à chaque client, à respecter (et à comprendre) le cahier des charges imposé et les règles de confidentialité sont de nombreux points qui laissent encore une belle longueur d’avance à l’être humain par rapport à la machine. La sécurité des données dans un monde numérisé et omniprésent sur Internet est le point le plus important que l'intelligence artificielle basée sur d'énormes centres de données (ou data centers en anglais) ne parvient pas à garantir.
À mon avis, l’intelligence artificielle ne sera utile pour le traducteur que lorsqu’elle pourra apporter des outils réellement profitables pour alléger les tâches redondantes de la profession. Mais, tant qu’elle cherchera à remplacer le traducteur en utilisant à bas coût les compétences des humains pour corriger ses imperfections et ses limites, je ne l’utiliserai pas car elle n’a pas d’intérêt pour moi. Les traductions proposées par l'IA ressemblent plus à des textes transcodés que traduits. En d'autres termes, même si les textes proposés sont justes d'un point de vue grammatical, le contenu et le contexte sont souvent partiellement voire totalement faux et ne permettent pas une publication immédiate. La post-édition (ou correction par un traducteur professionnel) est donc une tâche difficile voire ingrate car même si les fautes d'orthographe et les erreurs de grammaire sont assez rares, le contenu traduit lui est souvent erroné, voire comporte des pièges difficiles à détecter, en tout cas par rapport à la traduction humaine. Le terme de transcodage me paraît plus juste car l'intelligence artificielle ne fait pas de véritable traduction à proprement parler, mais transpose du code d'une langue à une autre. 

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Algorithme
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Stéphanie Cordier   -   Traductrice   -   Translator   -   Übersetzerin

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